Cette campagne publicitaire, qualifiée par le Framablog de campagne médiatique sans précédent, fait l'objet de bon nombre d'articles sur le Web, aussi bien de la part de Tristan Nitot que du site Web du Monde, pour ne citer que ces deux sources.

Que Google fasse la promotion de son navigateur n'est pas une nouveauté en soi : sur son propre moteur de recherche, ainsi que sur certains de ses services, comme Youtube, Google affiche depuis pas mal de temps un encart invitant à découvrir et à télécharger Google Chrome (avec un lien vers la page d'accueil dédiée au navigateur), cet encart s'affichant le plus souvent lorsque l'utilisateur de Google consulte avec d'anciennes versions d'Internet Explorer. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est que la campagne de publicité actuelle utilise aussi des supports plus traditionnels, comme la presse papier (quotidiens gratuits ou payants) et les panneaux d'affichage publicitaire, que vous avez sans doute remarqués dans les stations de métro parisiennes, notamment.

Quelle peut être la motivation de Google ? Tristan Nitot rapproche cette campagne de publicité du contexte où, grâce à un accord conclu entre Microsoft et la Commission Européenne à la suite de la plainte déposée par Opera Software pour vente liée d'Internet Explorer et de Windows, les utilisateurs de Windows se verront bientôt proposer un écran de choix du navigateur, où figurera, parmi les navigateurs alternatifs, Google Chrome, cet écran de choix présentant l'icône des navigateurs et un court texte de présentation. Or, bon nombre d'utilisateurs lambda ne savent pas précisément ce qu'est un navigateur, quand ils ne parlent pas de « Mozarella Firefox » ou du « petit renard » ou du « E bleu » sur lequel ils cliquent pour surfer sur le Web. À cette relative ignorance il faut ajouter le risque que ces utilisateurs lambda choisissent un navigateur par hasard… ou restent, par habitude ou peur du changement, sur Internet Explorer (le navigateur de Microsoft figurera dans la liste des navigateurs proposés). D'où la réflexion suivante de Tristan Nitot : C'est pour cela que Google tente le forcing publicitaire, histoire que, familiarisés avec le logo, les utilisateurs cliquent plus sur Chrome que sur les autres icônes.

Toutefois, une telle campagne publicitaire, par le fait d'être menée par Google, suscite quelques craintes, liées à la controverse sur le respect de la vie privée et des données personnelles par Google, si bien que le Framablog, pour parler de la campagne de publicité pour Google Chrome, a intitulé son billet Google Chrome  : All your data are belong to us! (en français : « Toutes vos données nous appartiennent »).

En tout cas, cela suffira-t-il à convaincre les utilisateurs habitués à Internet Explorer à franchir le pas, en adoptant un navigateur alternatif, que ce soit Google Chrome ou un autre ? Tristan Nitot (qui, pour mémoire, est le patron de Mozilla Europe, qui soutient et promeut en Europe les logiciels de la Fondation Mozilla, dont le navigateur Firefox) reste prudent.

Ce matraquage publicitaire pourrait bien se révéler positif pour Google Chrome et pour les navigateurs modernes en général (notez le conditionnel !). Peut-être que l'utilisateur lambda va enfin se demander quel navigateur il utilise et apprendre par là même ce qu'est un navigateur. Il se pourrait même qu'Internet Explorer 6 perde quelques points de parts de marché (« Meurs IE 6, meurs ! », murmure une petite voix dans ma tête).

L'initiative de Google est, certes, remarquable ; mais, elle serait moins louable si elle se soldait par un bouleversement des parts de marché des navigateurs au profit de Google Chrome seul. Autrement dit, si la campagne de publicité pour Google Chrome est un modèle à suivre, je réponds oui, à condition que les éditeurs de navigateur concurrents de Google et de Microsoft s'y mettent aussi. Seulement voilà, les concurrents de Google et de Microsoft dans le domaine des navigateurs ont-ils les moyens financiers de rivaliser avec la campagne publicitaire pour Google Chrome ? À part pour Apple (qui pourrait saisir une occasion de faire gagner à son navigateur Safari des parts de marché supplémentaires, qui sont encore confidentielles sous Windows), j'ai de sérieux doutes.